Chroniques de l'avis ordinaire II

Que Tim Berne se retrouve sur ECM n'est pas la moindre des surprises de ce disque tant le saxophoniste alto nous avait habitué à des déflagrations sonores assez éloignées du silence dont se réclame le label munichois. La formation qui l'accompagne constitue une deuxième surprise, lui qui n'associe pas fréquemment son instrument à la rondeur d'un son de piano (Matt Mitchell, excellent ici et pivôt de la formation) ni à la douceur étrange d'un clarinettiste à la sonorité contemporaine (Oscar Noriega), quartet complété par le batteur Ches Smith. Le premier morceau sacrifie à l'esthétique atmosphérique du label mais très vite, le garnement sonore retrouve toute sa vivacité musicale. Un parfait équilibre se crée alors avec les autres musiciens. Nous assistons à une véritable maîtrise du son au travers de compositions qui jouent sur l'acide, la répétition insistante conduisant à des moments de libération qui subjuguent l'oreille. Les morceaux prennent le temps de se développer pour révéler toute leur étrangeté ryhtmique et mélodique. Tim Berne joue là de manière subtile de la dramaturgie et déploie devant nos oreilles une musique plus intériorisée que de coutume qui justifie pleinement la présence de cette référence sur le label de Manfred Eicher et fait de Berne un des musiciens les plus passionants de la scène américaine actuelle.

Tim Berne, Snakeoil, ECM, 2012

 

Nouveau disque du trio de Mark Helias (contrebasse), Open Loose (en compagnie de Tony Malaby au saxophone et Tom Rainey à la batterie), enregistré live au Sunside à Paris. On retrouve là tout ce qui fait la générosité de ces musiciens rompus aux exercices les plus périlleux: le son y est très large et ample, les  propositions et inventions permanentes dans un contexte étudié mais pleinement ouvert. Avec six disques à leur actif, ces trois-là ont encore sous leurs doigts et dans leur souffle une belle réserve de fraîcheur et une spontanéité surprenante. Bravo! messieurs!                                                                 

Open Loose, Explicit, Futura Marge, 2012        

                             

Première référence du label de musiques imrpovisées Dark Tree, le trio constitué de Daunik Lazro, saxophone baryton, Benjamin Duboc, contrebasse et Didier Lasserre, batterie est un disque unique. Rarement on aura entendu une telle humilité chez des musiciens qui, dès les premières secondes, jouent en osmose (à tel point qu'on en vient parfois à se demander qui joue quoi) pour raconter une histoire faite de frottements, de crissements subtils et de résonnances. Tout y est d'une grande force poétique et d'une grande beauté qui illustrent merveilleusement le haïku qui donne son titre au disque.

Daunik Lazro / Benjamin Duboc / Didier Lasserre, Pourtant les cimes des arbres, Dark tree, 2011

Il y a en France une culture des cordes et du jazz qui va de Stéphane Grappelli à Dominique Pifarely en passant par le Swing String System de Didier Levallet. Le quatuor IXI (violons, alto, violoncelle) existe depuis 10 ans et réunit Régis Huby, Guillaum Roy, Irène Lecoq et Atsushi Sakaï ne s'inscrit certes pas stricto sensu dans le champs jazzistique mais plutôt dans celui de la musique contemporaine européenne. Pour autant ces musiciens coutumiers des aventures du jazz de création investissent des territoires inouïs,très écrits mais où l'engagement total est porté par un geste véritablement radical.

Quatuor IXI, Cixircle, Abalone Productions, 2011