Chroniques de l'avis ordinaire

Le nouveau projet de Laurent Dehors tient à la fois de la gageure et de la folie. S'agissant de se réapproprier en dehors de l'oeuvre dont ils sont extraits quelques grands airs d'opéra versés dans le creuset collectif, devenus des tubes que tout un chacun fredonne sous la douche (Kurt Weill, Wagner, Mozart, Bellini), Laurent Dehors secondé par des collègues impeccables (Matthew Bourne, Gérald Chevillon, Jean-Marc Quillet, David Chevallier) et la voix soprano d'Anne Magouët (déjà rencontrée dans cet univers-là dans le Gesualdo Variations de Chevallier) se lance dans une aventure qui n'avait rien d'évident sur le papier. Le risque étant de faire swinguer très artificiellement une musique classique qui n'apprécie que peu ce genre de danse. Il n'en est rien. Tout est articulé autour d'une voix magnifique qui ne sacrifie en rien à ses caractéristiques lyriques et qui devient le pivôt d'une frénésie instrumentale déjantée autour d'elle, d'arrangements aussi savants qu'ingénieux et drôles. Les airs ainsi réhabillés, prouvent leur modernité mais surtout leur solidité. Ce n'est ni du jazz, encore moins de l'opéra mais bien plutôt un florilège d'airs qui transcende les genres et trace les contours d'une culture et d'une histoire communes ici réinventées.

Laurent Dehors, Une petite histoire de l'opéra, Tous Dehors, 2011

 

 

Si les albums précédents de Print (S.Cathala et S.Payen, saxophones, F.Vaillant, batterie et, nouvel arrivant, J-L Lehr basse électrique) présentaient une musique savante mais trop abstraite, ce disque enregistré live donne toute la chair à cette aventure et justifie pleinement toutes les audaces. Soulignons l'homogénéité du groupe; interplay, relance et surprises permanentes sont au rendez-vous. L'arrivée d'une basse au groove soutenu par la batterie pousse les saxophonistes. Le dépouillement de l'ensemble permet une lecture immédiate entre raffinement et nervosité.

Print, Live, Connexe sphère, 2011

 

 

Formation de neufs musiciens à l'instrumentation originale (trois cuivres, quatre cordes, deux percussions) qui fut en son temps lauréate du concours de jazz de la défense 2007, Radiation 10 joue une musique où se mêle sans gêne aucune de multiples influences d'écriture (jazz, rock progressif, métal). L'ensemble est homogène, la maturité du groupe indéniable. Musique souvent noire, obscure et venimeuse, elle captive notre attention par sa volonté de tenir un propos clair et par une énergie qui dégage une grande force sous-tendu par la finesse des arrangements.

Radiation 10, [sans titre], Coax Records, 2011

 

 

En matière de jazz la scène belge est innovante. Clavièriste du groupe Octurn, Jozef Dumoulin propose une nouvelle formation en trio basse batterie (T.Dunn, E.Thielemans) au fender et autres effets sonores qui creuse le sillon de ses obsessions musicales: ambiance étrange, mélodie enfantine rappelant l'univers d'Aphex Twin, construction bancale et masse sonore; le tout amené par une rythmique forte, intelligemment dégingandée. Le propos s'égare parfois un peu sur la fin mais l'ensemble du disque offre un album subtil et l'impression de traverser un trip vaporeux et halluciné.

Jozef Dumoulin Trio, Rainbow Body, Bee Jazz, 2011

 

 

Nouveau disque du quintet franco-danois (Rosing-Schow, sax., Besnard, clar., Desprez, guit. él., Eldh, cb, Bruun, batt.). L'arrivée du guitariste J. Desprez ajoute une touche d'aggressivité réjouissante et le lâcher prise du groupe est plus palpable que sur le précédent album. Les problématiques sont actuelles, oscillant entre l'énergie du free et du rock, les compositions quant à elles sont bien ancrées dans la tradition européenne (on pense à L. Sclavis). Si l'ensemble mériterait une prise de son plus tonique, les compositions les plus énergiques sont vraiment galvanisantes!

Contrabande, Slippery lumps, Rude Awakening, 2011

 

Quelques liens avec ce qui précède:

pour Laurent Dehors:

www.tous-dehors.com

Pour Print:

www.sylvaincathala.com

Pour Radiation 10:

myspace.com/radiation10

Pour Jozef Dumoulin:

www.jozefdumoulin.com

Pour Contrabande:

allez voir le label Rude Awakening